Une fuite persistante, un logement mal chauffé ou un propriétaire qui refuse d’intervenir peuvent rapidement transformer une location en source de conflit. L’article 6 de la loi du 6 juillet 1989 fixe pourtant un cadre précis sur la décence du logement, les réparations, la jouissance paisible et les recours du locataire. Je vous propose ici une lecture pratique de ces règles, utile autant au locataire qu’au bailleur.
Les règles essentielles à retenir sur les obligations du bailleur
- Logement décent : le bien doit protéger la santé et la sécurité du locataire.
- Performance énergétique : en métropole, un logement classé G n’est plus considéré comme décent depuis 2025.
- Entretien : les réparations autres que locatives restent à la charge du propriétaire.
- Jouissance paisible : le bailleur doit permettre l’usage normal du logement sans troubles injustifiés.
- Recours : une mise en demeure écrite précède généralement la conciliation ou la saisine du juge.

Ce que prévoit réellement l’article 6 de la loi du 6 juillet 1989
Le texte impose au bailleur de délivrer un logement décent, habitable et conforme à l’usage prévu au contrat. Cette obligation ne concerne pas seulement l’état du logement au moment de la remise des clés. Elle se poursuit pendant toute la durée du bail.
Le logement ne doit pas présenter de risques manifestes pour la sécurité physique ou la santé. Il doit aussi être exempt d’infestations de nuisibles et de parasites, disposer des équipements indispensables et respecter les exigences minimales de performance énergétique.
Le propriétaire doit également remettre le logement en bon état d’usage, maintenir les équipements prévus au bail en état de fonctionnement et réaliser les réparations qui ne relèvent pas de l’entretien courant du locataire. De mon expérience, les litiges viennent souvent d’une confusion entre réparation locative et réparation relevant du bailleur.
Quels logements sont concernés
Ces règles s’appliquent principalement aux logements loués comme résidence principale, qu’ils soient vides ou meublés, ainsi qu’à certains logements à usage mixte. Les logements-foyers et quelques catégories particulières peuvent relever de règles spécifiques.
Le contrat de location ne peut pas écarter les exigences essentielles de décence. Une clause indiquant que le locataire accepte par avance un logement dangereux ou impropre à l’habitation ne suffit donc pas à libérer le propriétaire de ses obligations.
Les critères concrets d’un logement décent
La décence ne se résume pas à une impression générale de confort. Elle repose sur des critères techniques concernant la structure, les équipements, la surface, la ventilation et la sécurité du logement.
Sécurité, salubrité et équipements
Le logement doit notamment être protégé contre les infiltrations importantes, présenter des installations électriques et de gaz sûres et disposer d’une ventilation suffisante. Il doit aussi permettre un chauffage normal, l’accès à l’eau potable, l’évacuation des eaux usées et l’utilisation courante des équipements ménagers.
Une cuisine ou un coin cuisine, des sanitaires adaptés, une installation électrique fonctionnelle et une fermeture correcte des portes et fenêtres font partie des éléments attendus. Un simple défaut esthétique, comme une peinture vieillissante, ne rend pas automatiquement le logement indécent. En revanche, une humidité persistante liée à une fuite ou à une ventilation défaillante peut engager la responsabilité du bailleur.
Surface et configuration
En règle générale, le logement doit comporter au moins une pièce principale d’une surface habitable de 9 m² et d’une hauteur sous plafond d’au moins 2,20 mètres, ou présenter un volume habitable d’au moins 20 m³. Des règles locales ou particulières peuvent compléter ces exigences.
La surface dite habitable exclut notamment les murs, cloisons, escaliers, gaines et parties dont la hauteur est inférieure à 1,80 mètre. Je recommande de vérifier cette mesure avec attention lorsqu’un logement est aménagé sous les combles, car la surface annoncée dans une annonce n’est pas toujours la surface habitable juridique.
Le calendrier énergétique à connaître en 2026
La performance énergétique fait désormais partie intégrante de la décence. En métropole, le niveau exigé correspond actuellement à une classe comprise entre A et F. Un logement classé G ne peut donc plus être considéré comme décent pour les nouveaux baux concernés, les renouvellements ou les reconductions intervenant depuis 2025.
Le calendrier se durcira encore. À partir de 2028, les logements devront relever des classes A à E, puis des classes A à D à partir de 2034. Dans les territoires ultramarins, les dates et classes applicables diffèrent. Le diagnostic de performance énergétique doit donc être lu avec la localisation et la date du bail.
Qui paie les travaux et les réparations
L’article 6 distingue clairement l’entretien courant, qui incombe généralement au locataire, et les travaux nécessaires pour maintenir le logement en état, qui reviennent au bailleur. Le propriétaire doit par exemple intervenir pour une chaudière défectueuse, une infiltration provenant de la structure ou une installation vétuste présentant un danger.
Le locataire reste responsabledes petites réparations et de l’entretien courant lorsqu’ils résultent de l’usage normal des lieux. Le remplacement d’un joint, le nettoyage des bouches d’aération ou l’entretien courant de certains équipements peuvent ainsi lui revenir, selon la nature exacte de l’intervention.
| Situation | Responsabilité habituelle |
|---|---|
| Robinetterie mal entretenue ou petit joint usé | Locataire |
| Fuite liée à une canalisation vétuste | Bailleur |
| Chaudière en panne par vétusté | Bailleur |
| Entretien annuel prévu pour une chaudière individuelle | Locataire, sauf clause ou situation particulière |
| Dégradation causée par une mauvaise utilisation | Locataire |
La vétusté, c’est-à-dire l’usure normale due au temps, ne doit pas être facturée au locataire comme une dégradation. Pour éviter les contestations, je conseille de conserver les factures, les échanges écrits et les photographies datées avant et après l’intervention.
Une clause de travaux peut-elle modifier la répartition
Dans certains cas, le bail peut prévoir que le locataire réalise des travaux précis en échange d’une contrepartie sur le loyer. Cette clause doit être écrite et détaillée. Elle doit notamment préciser la nature des travaux, leur durée d’imputation et le dédommagement éventuel si le locataire quitte les lieux avant la fin prévue.
Cette possibilité ne permet pas de louer un logement dangereux ou non décent. Le propriétaire doit d’abord respecter les caractéristiques minimales exigées par la réglementation.
La jouissance paisible et les aménagements du locataire
Le bailleur doit garantir au locataire une jouissance paisible du logement. Il ne peut pas entrer librement dans les lieux, organiser des visites sans accord ou laisser perdurer un trouble dont il a connaissance lorsqu’il dispose de moyens raisonnables pour agir.
Le locataire doit toutefois permettre l’accès au logement lorsque des travaux nécessaires, d’entretien ou d’amélioration doivent être préparés ou réalisés. Dans la pratique, un rendez-vous convenu à l’avance et une information claire sur la durée des travaux évitent la plupart des tensions.
Aménagement ou transformation
Le locataire peut réaliser des aménagements qui ne transforment pas la structure ou la configuration du logement. Repeindre un mur, installer des étagères ou poser certains équipements démontables relève généralement de cette liberté, sous réserve de remettre les lieux en état si nécessaire.
En revanche, supprimer une cloison, modifier une installation importante ou changer durablement la distribution des pièces constitue une transformation. Il faut alors obtenir l’accord écrit du propriétaire. Sans autorisation, le bailleur peut demander la remise en état, parfois aux frais du locataire.
Que faire face à un logement non décent
Le locataire ne doit pas se contenter d’un échange téléphonique. Il faut décrire précisément les désordres, joindre des photographies ou documents utiles et demander les travaux par écrit, idéalement au moyen d’une mise en demeure envoyée en recommandé avec accusé de réception.
- Rassembler les preuves, notamment l’état des lieux, les photos, les factures et les rapports éventuels.
- Écrire au propriétaire ou à l’agence en décrivant chaque problème et ses conséquences.
- Demander un calendrier précis de mise en conformité.
- Attendre le délai légal de deux mois lorsque cette étape est applicable.
- En l’absence de solution, contacter gratuitement un conciliateur de justice ou la commission départementale de conciliation.
- Saisir le juge des contentieux de la protection si le désaccord persiste.
Le locataire peut aussi utiliser le dispositif Signal Logement lorsque le département concerné le propose. Cette démarche peut aider à documenter la situation et à obtenir un accompagnement administratif.
Le juge peut ordonner les travaux, fixer un délai, réduire le loyer ou suspendre son paiement dans certaines conditions. Il peut également accorder des dommages et intérêts si le préjudice subi est établi.
Lire aussi : Bail dérogatoire - modèle, clauses et pièges à éviter
Ce qu’il ne faut surtout pas faire
Un logement non décent ne donne pas automatiquement le droit de cesser de payer le loyer. Même lorsque les manquements du bailleur semblent évidents, le locataire doit continuer à régler les sommes dues jusqu’à une décision judiciaire ou un accord valable.
Il ne faut pas non plus engager des travaux coûteux sans accord écrit, sauf urgence particulière justifiant une intervention immédiate. Une initiative prise sans preuve ni échange formalisé peut compliquer le remboursement des dépenses.
Les erreurs fréquentes des bailleurs et des locataires
Le premier mauvais réflexe du bailleur consiste à considérer que l’état des lieux signé transfère toutes les responsabilités au locataire. Ce document décrit l’état initial du logement, mais il ne permet pas d’écarter les obligations légales relatives à la décence et aux grosses réparations.
Du côté du locataire, l’erreur la plus courante est de signaler un problème sans préciser sa cause ni conserver de preuve. Une simple phrase comme « il y a de l’humidité » est moins utile qu’une description indiquant la pièce touchée, la date d’apparition, l’évolution des traces et les conséquences sur l’usage du logement.
Je conseille également de distinguer une nuisance ponctuelle d’un désordre structurel. Une tache après un dégât des eaux peut nécessiter une intervention rapide, mais elle ne permet pas à elle seule de conclure à l’indécence. À l’inverse, une infiltration récurrente, une absence de chauffage ou une infestation durable doivent être traitées avec beaucoup plus de sérieux.
Enfin, le diagnostic énergétique ne remplace pas l’examen concret du logement. Un bon classement ne corrige ni une installation électrique dangereuse, ni une fuite, ni une ventilation inexistante. La décence est un ensemble de conditions, pas un simple résultat affiché sur un document.
Le bon réflexe avant de signer ou de contester un bail
Avant la signature, je recommande de vérifier le logement à la lumière du jour, de tester les équipements, de relever les compteurs et de comparer l’état réel avec l’état des lieux. Pour un bailleur, cette préparation réduit les litiges et permet de planifier les travaux avant la remise des clés.
Pour un locataire déjà installé, la méthode la plus solide reste simple. Il faut documenter, écrire, laisser un délai raisonnable et conserver chaque échange. L’article 6 protège efficacement les occupants, mais son application dépend souvent de la qualité des preuves et de la précision des demandes.